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En débat

Pourquoi nous ne pouvons pas adhérer à la CSI

dimanche 15 avril 2007

Il a fallu une longue bataille pour imposer à la direction de la FSU un débat contradictoire sur l’adhésion de notre organisation à la CSI. Aujourd’hui encore, les syndiqués manquent d’informations précises sur la CSI et les enjeux de l’adhésion. C’est l’objet de cette contribution que d’essayer de leur en apporter.

Qu’est-ce que la CSI ?

La Confédération Syndicale Internationale (CSI) est née en novembre 2006 de la fusion de la Confédération Mondiale du Travail (CMT) créée par le Vatican après la première guerre mondiale et de la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), créée en pleine guerre froide par le syndicat états-unien AFL-CIO avec les fonds de la CIA, et qui a soutenu, entre autre, les coups d’Etat contre Pinochet (1973) et Chavez (2002). Guy Ryder, ancien patron de la CISL devenu celui de la CSI, a d’ailleurs tenu à rappeler cette pourtant peu glorieuse filiation : « lors du dernier congrès de la CISL, pour sa dissolution, j’ai insisté sur la continuité avec nos valeurs (de la CISL). Sans cela, cette organisation n’aurait pas accepté le processus de création de la CSI ».

La CSI est une organisation aux statuts peu démocratiques dont la direction dispose de pouvoirs très étendus ; elle est dominée par le syndicalisme « réformiste » des pays riches et dirigée par les anciens de la CISL. Derrière quelques formules très générales destinés à donner des gages aux salariés combatifs, son programme et ses statuts oublient des termes aussi importants que « laïcité » ou « grève » et semblent éloignés des préoccupations des travailleurs (que signifie l’expression « travail décent » alors que le mot salaire n’est jamais employé ?). En terme de stratégie syndicale, la CSI récuse les principes de lutte et de rapport de force pour inscrire son « action » dans le cadre des institutions officielles du libéralisme (FMI, Banque mondiale, OMC, Union européenne,...) : il s’agit de définir une nouvelle « gouvernance mondiale » et d’établir un « dialogue social mondial » entre syndicats et les entreprises afin de réorienter la mondialisation par la négociation, dans le cadre d’un réalisme respectueux des contraintes économiques. Ce que Guy Ryder explicite quand il définit comme priorité l’obtention « d’un système minimal de protection pour garantir un système minimal de droits. On ne peut arrêter les délocalisations, mais on peut essayer de mettre en place des règles du jeu pour que ces changements soient acceptables. » En d’autres termes, la CSI, héritière d’organisations qui ont toujours combattu le syndicalisme de lutte, se propose de négocier, au nom des travailleurs, pour « rendre acceptable » la mondialisation capitaliste.

Ce syndicalisme d’accompagnement n’est en réalité même plus réformiste mais bien « contre réformiste ». C’est d’ailleurs cette inscription de l’action syndicale dans les limites du système économique qui explique que, de la Confédération Européenne des Syndicats appelant à voter la constitution européenne à la CFDT soutenant la contre-réforme Fillon sur les retraites en passant par l’AFL-CIO aux Etats-Unis où 45 millions de travailleurs sont sans couverture sociale, ce syndicalisme n’a jamais réussi à conquérir la moindre avancée sociale. La CSI est dans les faits appelée à être une sorte de CES mondiale ou une CFDT internationale qui se situe aux antipodes de notre syndicalisme de transformation sociale : c’est d’ailleurs la CFDT qui représente les syndicats français à la direction de la CSI et la CES (qui a soutenu le TCE et très récemment la directive Bolkestein bis) est désormais la branche Europe de la CSI.

La FSU doit-elle adhérer à la CSI ?

Pour que la direction FSU veuille adhérer si vite à cette CSI bien concrète, on imagine que les raisons doivent être motivées et impérieuses. Or, les arguments avancés sont essentiellement que la FSU ne peut rester à l’écart de la CSI, qui représenterait le nouvel internationalisme syndical, et que dedans, on pourra convaincre et défendre le syndicalisme de lutte.

Ces arguments, très hypothétiques, paraissent à vrai dire trop vagues pour emporter l’adhésion.

D’une part, adhérer à la CSI signifie accepter ses statuts et son programme dont on a vu combien ils étaient contradictoires avec notre syndicalisme de lutte ; cela suppose donc de commencer par nier nos principes, sachant que les membres de la CSI « ont la responsabilité de prendre en compte, dans la formulation de leur politique, les décisions du Congrès et des organes directeurs de la Confédération ». Outre cette question de principes, ce jeu dangereux en vaut-il la chandelle ? Il paraît en effet bien naïf d’espérer que la petite FSU puisse influencer cette usine à gaz intégrée aux institutions officielles qu’est la CSI. On peut même gager que c’est au final la CSI qui influencera la FSU (de la même manière que les représentants de la CGT à la CES en sont venus à défendre pour le OUI au TCE). Quant aux nécessaires contacts avec les syndiqués d’autres pays et leurs organisations, cela passe par des échanges d’informations, des soutiens aux luttes... et nul besoin d’appartenir à la CSI pour cela !

D’autre part, il paraît tout aussi évident que la CSI n’est en aucun cas l’espoir d’un syndicalisme international permettant de lutter contre une mondialisation qui asservit les travailleurs. Non seulement par ses principes contraires aux luttes mais aussi parce qu’elle refuse tout contact avec l’autre internationale syndicale, la Fédération Syndicale Mondiale, qui regroupe quelques 100 millions de syndiqués et se réclame du syndicalisme de lutte. Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur la FSM (les syndicats qui s’y trouvent ne sont certainement pas moins fréquentables que la confédération russe adoubée par Poutine qui est la principale organisation de la CSI !), il semble pour le moins paradoxal de réclamer de l’unité en commençant par refuser la discussion avec d’autres...

Au final, la CSI tourne le dos aux deux principes essentiels du syndicalisme, qu’on ne peut dissocier l’un de l’autre sans se condamner à l’impuissance : l’unité ET l’action. Si la FSU veut continuer à tenir ensemble ces deux fils de l’Unité et de l’Action, elle doit refuser d’adhérer à la CSI. Elle doit en même temps accentuer ses efforts pour lier des contacts avec toutes les organisations syndicales (celles présentes à la CSI mais aussi toutes celles, beaucoup plus nombreuses, qui n’y appartiennent pas) afin de contribuer à construire un véritable syndicalisme international sans exclusive associant la recherche inlassable de l’unité à la construction de l’action sur la base des revendications réelles des travailleurs.


CSI : dis-moi avec qui tu t’allies...

Le congrès de la FNPR (la grande confédération syndicale russe) vient de se tenir en novembre 2006. La FNPR est formée des anciens syndicats officiels russes, subordonnés au gouvernement (les cotisations syndicales sont d’ailleurs prélevées par les comptables des entreprises). Elle est membre de la CSI et présentée avec ses 27 millions d’adhérents officiels comme son organisation la plus importante.

Lors du congrès, le président russe Poutine a pris la parole à deux reprises et le représentant du Patriarche de Moscou a béni l’assemblée. Lorsqu’un responsable syndical a déclaré : « Nous, les syndicats, n’avons jamais été des radicaux. Avant de partager le gâteau, il faut le faire cuire. Mais il est cuit. Il est temps de partager », Poutine lui a répondu à la tribune : « On a dit que le gâteau était cuit et qu’il était temps de le partager. Je considère que cette thèse est prématurée et nuisible. » Comme on le constate il s’agissait là d’un congrès syndical d’un type bien particulier... auquel assistait bien sagement Guy Ryder, tout nouveau secrétaire général de la CSI.

Quelques mois plus tard, en Février 2007, une grève s’est développée chez Ford Russie (plus de 80 % de grévistes), sous l’action d’un nouveau syndicat. Suite à cette grève, direction et syndicat ont trouvé un accord, comportant diverses avancées sociales (fin des contrats de courte durée, revalorisation des salaires de 14 à 20%...). Il s’agit là d’un événement tout à fait exceptionnel dans la Russie contemporaine parce que le nouveau Code du travail rend la grève pratiquement illégale (il faut que la décision soit prise par le collectif des salariés et non par le syndicat, que 50% des salariés participent à la conférence et que 50% des salariés présents votent en faveur de la grève), ce que la FNPR et Ryder se sont bien gardés de dénoncer devant Poutine.

Or, ce succès important a dû se construire contre la FNPR, hostile à toute forme de lutte, puisque le syndicat de l’usine Ford avait dû quitter la FNPR quelques mois plus tôt, après une première grève, afin de créer un syndicat libre et de lutte. Avec d’autres nouveaux syndicats émergents dans la branche (notamment celui de General Motors à Togliattigrad), c’est même un nouveau syndicat des travailleurs de l’automobile qui est en formation, lui aussi- indépendant de la FNPR et de la CSI.

Cette réalité éclaire les questions de l’unité syndicale d’une lumière moins tamisée que celle des formules très générales sur la nécessité de l’union. S’unir oui, mais avec qui et pour faire quoi ? Si la FSU adhérait à la CSI, cela constituerait-il réellement une avancée pour les luttes ?

Premiers signataires : René Barthes (SNES 13), Jean-François Dejours (SNES 62), Giovanni Di Mino (SNES 13), Vincent Flament (SNES 62), Benoit Foucambert (SNES 28), Georges Gastaud (SNES 62), Marc-Olivier Gavois (SNES 13), Sylvie Guduk (SNUipp 81), Alexis Lacroix (SNES 94), Laurent Nardi (SNES 74), Pascal Rolando (SNES 28), Jany Sanfelieu (SNES 89), Karine Van Wynendaele (SNES 62)

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