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Une Fédération de « syndicats nationaux » ?

samedi 21 juillet 2007

Une Fédération de « syndicats nationaux » ?

La FSU est une fédération de syndicats nationaux. Cette évidence, formulée dans l’article premier de nos statuts, recouvre une réalité d’abord technique et organisationnelle : les syndiqués adhèrent à leur syndicat national, qui présente des listes aux élections professionnelles, qui a la personnalité juridique, et qui se fédère aux autres syndicats nationaux dans la FSU. Mais, c’est aussi une construction syndicale, qui à la fois le produit d’une histoire spécifique, celle du syndicalisme enseignant, et de choix quant au type de syndicalisme que nous mettons en pratique.

Le fait est, cependant, que les évolutions récentes de la FSU interrogent ce concept de « syndicat national » et que c’est aussi au travers de cette problématique qu’il convient de poser les questions relatives à l’avenir de notre fédération.

Rappelons tout d’abord qu’à l’origine la création d’un syndicat national des instituteurs au moment de la transformation des amicales en syndicats, est liée à un objectif spécifique et conjoncturel : permettre le développement d’un syndicalisme de proximité en mettant à l’abri de toute poursuite les militants locaux dans un contexte de répression antisyndicale forte dans l’éducation nationale.

Par la suite, le « SN » est devenu une sorte de marque de fabrique d’un syndicalisme de masse, face à celui, minoritaire et traversé de fortes contradictions idéologiques internes, de la « fédération unitaire » concurrente.

Ce n’est que beaucoup plus tard, lorsque, dans la FEN autonome, l’hégémonie « naturelle » du SNI s’est trouvé remise en cause par la montée du syndicalisme dans les autres secteurs de l’éducation, et s’est transformé en pratique hégémonique, que le concept de syndicat national s’est transformé.

Lors de la création de la FSU, en 1993-94, le choix d’une fédération de syndicats nationaux réaffirmait un certain nombre de principes :

- tout d’abord, l’organisation du syndicat à l’échelle de l’employeur : dans le cadre d’une Fonction Publique d’Etat, l’employeur étant central et l’interlocuteur principal les ministres et le gouvernement, les autorités déconcentrées n’étant que des instances de mise en œuvre, avec une marge de manœuvre certes grandissante, mais somme toute assez limitée, le syndicat doit avoir une structure nationale ;

- ensuite, une nécessité organisationnelle, face à des secteurs de syndicalisation aux effectifs forts différents, d’assurer la représentation de tous ceux qui avaient fait le choix, au moment d’une scission douloureuse et dans un contexte encore marqué par la recomposition syndicale, du syndicalisme unitaire ;

- enfin, celle d’un syndicalisme de métier, qui ne se contente pas d’une approche catégorielle ou défensive des salariés, mais les prend en compte dans le cadre d’un exercice professionnel, et place la réflexion sur les pratiques, le rôle de l’école et des services publics, au centre de son orientation syndicale.

Le simple énoncé de ces trois principes montre combien le concept de syndicat national et aujourd’hui fortement fragilisé par l’intégration de nouveaux syndicats qui ne peuvent guère s’y retrouver. Dès lors, d’ailleurs, la souveraineté des syndicats nationaux prend un sens totalement différent de ce qu’il était au moment de la création de notre fédération, et participe de sa dérive lente vers une pseudo-confédération.

Il va de soi qu’un syndicalisme de la fonction publique territoriale, voire hospitalière, doit se structurer à l’échelle de l’employeur, qui est une collectivité locale ou un hôpital ; et s’il se fédère au niveau national, ce ne peut être pour s’adresse à un interlocuteur finalement inexistant, mais pour faire converger les luttes et les revendications. Pour l’essentiel cependant, celles-ci seront liées à la politique particulière de chaque collectivité, ou de chaque hôpital.

De même, le syndicalisme de métier pour des syndicats nationaux qui définissent leur champ de syndicalisation par département ministériel ou par nature de statut, reste forcément dans l’abstrait, alors qu’il est finalement assez facile à mettre en œuvre pour les syndicats « historiques » de la FSU, y compris ceux qui, comme le SNES, sont pluri-catégoriels mais rassemblent des personnels qui, au delà de leurs différences, ont une unité d’intervention éducative auprès des publics scolaires.

La FSU « fédération de syndicats nationaux » est donc aujourd’hui, de facto, une illusion qui ne tient que parce que les nouveaux syndicats n’ont qu’un poids extrêmement limité dans la fédération et, avouons-le, peu de perspectives de développement. Ainsi, le désintérêt évident (et sans aucun doute justifié) de délégations entières vis-à-vis du débat du thème éducatif du Congrès de Marseille n’est ainsi passé inaperçu que par la faiblesse numérique de celles-ci.

Le débat qui a eu lieu sur les branches de la FSU, dont, au final, pas grand monde ne veut, comme l’a démontré le congrès de Marseille, est le reflet de cette difficulté. Mais, si la fédération de syndicats nationaux est une illusion, les branches sont l’illusion d’une illusion : croire que l’on règlera ce qui est une divergence fondamentale sur la nature même du syndicalisme que l’on met en œuvre par des dispositions organisationnelles et statutaires montre que l’on a peut-être peur d’affronter le fond du problème.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la FSU était une « fédération de métiers », au sens où les distinctions entre les syndicats nationaux reposant sur ce syndicalisme de métier, le chemin de la synthèse fédérale était clair, même s’il était difficile. Aujourd’hui, la nouvelle configuration de la fédération fait que le syndicalisme de métier n’a plus de sens au niveau fédéral, mais uniquement au niveau de certains syndicats nationaux, avec le risque de voir la synthèse fédérale se résumer à un brassage de grandes idées d’une part, et à la juxtaposition des positions des syndicats nationaux d’autre part, faute d’un terrain commun pour débattre et avancer.

Si nous avons accepté une fédération qui ne repose plus fondamentalement sur le syndicalisme de métier mais sur des orientations communes relatives au travail, au salariat, à la protection sociale, aux choix économiques, au modèle de société, pourquoi ne pourrions-nous pas poser le problème jusqu’au bout et regarder, dans le paysage syndical actuel, qui est le plus proche de nous sur ces questions ? Pourquoi ne pas nous interroger, alors, sur les convergences possibles ? Nous pourrions alors dégager une base qui permettra de reposer la question du syndicalisme de métier, des moyens de le renforcer et de lui garantir, une place dans le syndicalisme français, tout en respectant son originalité, qui est essentielle pour nos professions.

Hervé LE FIBLEC

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