UNITE ET ACTION - Snes -
Nous écrire à
uasnes@uasnes.org

Recherche

L'article appartient à cette rubrique :
En débat

Une politique économique au service de l’offre

samedi 21 juillet 2007

Une politique économique au service de l’offre

Il avait promis la rupture, et nous n’y avions pas cru. Avec raison car, dans bien des domaines, la politique de Nicolas Sarkozy n’est que la poursuite, dans l’exagération, des politiques menées par la droite au pouvoir depuis une vingtaine d’années.

S’il y a sans doute des formes d’originalité chez le Président de la République, depuis « l’ouverture » jusqu’à « l’hyper-présidence », tout ceci n’intéresse guère que l’écume politicienne, et donc fort peu le syndicalisme. Il est, en revanche, un domaine dans lequel il convient d’approfondir notre réflexion collective, ne serait-ce que parce l’analyse que nous serons capables d’en produire permettra d’apprécier nos marges d’intervention syndicale. Il s’agit bien sûr de la politique économique du gouvernement.

Dire que Nicolas Sarkozy a surpris et surprend est un euphémisme. D’ores et déjà, il a dû rappeler à l’ordre son ministre des « comptes publics » et faire batailler son gouvernement contre sa propre majorité parlementaire sur la fiscalité. Quant aux gazettes, même le grand quotidien (de référence) du soir, dans son supplément économique, n’arrive pas à trancher : libéral ou keynésien, le président ?

La question ne se pose peut-être pas dans ces termes. Depuis un peu plus d’une vingtaine d’années, la politique économique française a été marquée par une logique monétariste. Traumatisés par la « crise » des années 70, avec une hyper-inflation et des restructurations industrielles conduisant à un chômage de masse, les différents gouvernements ont choisi de faire de la stabilité (de la monnaie et des prix) leur objectif premier. Les fameux critères de convergences de Maastricht (1992), transformés après le passage à la monnaie unique, à Amsterdam (1997), en dogme économique européen, en sont la mise en œuvre la plus claire.

Jusqu’à présent, la logique de la droite était de considérer que l’économie fonctionne d’autant mieux qu’il y a profit. Que l’inflation ou la variation monétaire réduisent le profit en en faisant disparaître « comme par magie » une partie. Que, donc, il faut stabiliser les prix et garantir la monnaie, et que donc, il faut réduire le déficit budgétaire, ce qui, dans une logique libérale, signifie réduire les dépenses de l’Etat.

Face à ces conceptions, il était fort difficile, notamment pour les organisations syndicales, de prôner d’autres voies : la relance de l’économie par le pouvoir d’achat, l’investissement éducatif, le soutien au développement de nouveaux secteurs industriels par la recherche fondamentale, le service public comme moyen de créer les conditions d’une activité économique soutenue... Les logiques étaient totalement différentes, et l’échec économique de la gauche au pouvoir dans sa première phase (1981-83), même s’il faudrait y revenir pour en faire une analyse plus fine, rendait ce discours suspect d’irréalisme.

La vraie rupture de Nicolas Sarkozy se fait précisément avec cette alternative, prenant une troisième voie qui se réfère assez nettement à la théorie économique de l’offre. Alors que le monétarisme se fonde sur l’échange, que, d’une certaine façon, la social-démocratie repose sur le soutien de la demande (par le biais de la redistribution, du revenu minimum, etc...), le sarkozysme économique est une politique de soutien exclusif de l’offre, c’est-à-dire qui favorise les entreprises et donc leurs propriétaires qui sont aussi les détenteurs du capital.

Cette conception qui fait du soutien à l’offre le moteur essentiel de la prospérité peut mettre de côté la question de l’équilibre budgétaire (renvoyé à...2012), de la dette publique (dont Nicolas Sarkozy n’a jamais parlé pendant la campagne électorale) et, globalement, les contraintes purement budgétaires de la politique économique. Elle est aussi en rupture avec le monétarisme que la social-démocratie, dont elle est en quelque sorte le négatif : il ne s’agit pas d’assurer aux plus démunis les moyens de rester dans la sphère économique et sociale voire, dans une version plus « moderne », de favoriser le pouvoir d’achat des « classes moyennes » qui elles, consommeront largement ces gains et relanceront la machine, mais de favoriser l’accumulation de capital et la création de richesse par ceux qui ont sont jugés les plus « capables », à savoir ceux qui sont déjà les plus riches. C’est un libéralisme en ceci que le « reste », à savoir la prospérité générale, est laissée à la main invisible du marché, mais aussi parce que cette politique joue « en masse », sur le capital lui-même, et non par des approches fines de l’économie.

Il serait ainsi très irresponsable et naïf d’imaginer que la mise à mal du dogme d’équilibre budgétaire, de réduction de la datte et de stabilité monétaire puisse rejoindre à un moment ou un autre nos préoccupations syndicales. En effet, dans cette logique, tout ce qui peut entraver le développement de l’offre et à pourchasser. Cela implique, tout d’abord, les droits sociaux et syndicaux, qui sont autant de protections pour le salarié et donc d’entraves à la liberté de l’employeur, mais aussi tout ce qui « coûte » à la collectivité et donc détourne les sommes qui devraient aller à l’offre. Évidemment, on pense ici à l’Etat et au service public, avec le cap affirmé de la baisse du nombre des fonctionnaires et le cap implicite (mais induit) de restriction du domaine du service public, voire de sa privatisation partielle.

Pour résumer, le sarkozysme économique n’est pas un malthusianisme monétariste. S’il défend l’intervention de l’Etat au risque du déficit budgétaire et de la rupture des équilibres, c’est à la condition exclusive que cela se fasse au bénéfice unique du développement de l’offre. Quiconque aura lu le nom de Ronald Reagan entre les lignes aura bien lu.

C ‘est d’ailleurs ce qui explique la divergence exprimée par l’économiste Christian Saint-Etienne, proche de François Bayrou, dans Le Monde du 13 juillet, qui défend un soutien de l’offre fondé sur la recherche appliquée et les PME/PMI.

-->
Vous êtes sur un site internet créé avec le système de publication SPIP.