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En débat

Où est passé le syndiqué ?

Par Hervé Le Fiblec le 25 août 2008

lundi 25 août 2008

Après une décennie de baisse de syndicalisation au SNES, alors que, congrès après congrès, nous nous accordons sur le diagnostic de l’affaiblissement de notre présence syndicale sur le terrain et des difficultés de renouvellement de nos militants, il ne fait pas de doute qu’à quelques mois du prochain congrès, nous serons de nouveau invités à réfléchir sur l’ensemble de ces problèmes et à tenter d’élaborer collectivement des solutions.

Force est de constater, cependant, que, congrès après congrès, nous nous posons les questions toujours de la même façon : comment syndiquer plus ? Comment renforcer les S1 ? Comment faire mieux fonctionner le SNES (S2, S3, S4...) ? Comment mieux prendre en compte la réalité des pratiques militantes et leurs évolutions ? Comment prendre toute notre place dans les mobilisations ? Etc...
Ces questions, pour légitimes qu’elles soient, expliquent peut-être notre incapacité à redresser durablement la barre, quelque effort que l’on puisse faire, et chacun sait que, du secrétaire de S1 jusqu’au secrétariat général, chacun fait du mieux qu’il peut pour cela.
C’est que, congrès après congrès, nous n’interrogeons pas le fondement même de la syndicalisation. Nous partons du principe, logique pour nous, mais peut-être pour nous seuls, qu’il est « normal » d’être syndiqué. Que l’adhésion, la participation à l’activité syndicale, aux actions, voire le militantisme sont des choses évidentes, et qu’il suffirait de favoriser tout cela, bref d’en « créer les conditions » pour que « naturellement », les collègues adhèrent, lisent la presse syndicale, donnent leur avis, fassent grève, manifestent, s’engagent dans le syndicat.

Quelque part, si nous réfléchissons beaucoup sur le syndicalisme et sur le syndicat, nous occultons systématiquement le syndiqué.

Qu’on regarde par exemple les textes adoptés à Clermont Ferrand : il n’y a rien à redire sur ce que nous avons élaboré, mais on peinera à trouver simplement cité « le syndiqué ». Celui-ci est inexistant dans notre réflexion, et pourtant...

Ne serrions nous pas, depuis des années et bien malgré nous, les principaux agents d’une opposition entre l’organisation et l’individu ? Ne donnerions nous pas sans cesse l’impression de ne penser que « par le syndicat », sans jamais nous interroger sur le syndiqué, et donc d’être, d’une certaine façon, les principaux artisans de l’image dévalorisée du syndiqué « petit soldat » au service d’un syndicat « monstre froid » ?

Ces interrogations sont peut-être excessives, mais nous pourrions envisager de consacrer une partie de notre réflexion sur le syndicalisme, dans le cadre du prochain congrès, à partir d’une problématique recentrée sur le syndiqué : qu’est-ce qu’être syndiqué aujourd’hui ? Qu’est-ce que le syndiqué veut faire en adhérant ? Comment non pas « l’associer » aux prises de décisions, mais faire en sorte qu’il en soit l’acteur principal ? Comment organiser une vie syndicale qui parte du syndiqué et non qui « descende » des instances et structures vers l’individu ? Bref, comment adapter notre activité syndicale aux pratiques, attentes, réalités de l’engagement des collègues d’aujourd’hui ?

Ces questions sont forcément difficiles à traiter, parce que, de NOTRE point de vue de militant, « tout va bien » et que nous trouvons parfaitement notre compte dans le mode de fonctionnement du syndicat, puisque nous y sommes habitués, formés, et globalement à l’aise, même si nous avons pu constater, notamment auprès des jeunes militants, que certains de nos rituels démocratiques, notamment en congrès, ont du mal à s’imposer d’eux-mêmes.

Il nous faudrait donc décentrer notre réflexion, et faire l’effort de douter un peu de nous-mêmes. Une démarche presque philosophique, mais qui en vaut sans doute la peine.

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