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En débat

FSU : La croisée des chemins

Par Mathieu Leiritz

vendredi 5 septembre 2008

L’évolution de la législation sur la représentativité syndicale place, à moyen terme, notre syndicat et notre fédération devant leur destin.

Sauf à tenter l’aventure de la construction d’une nouvelle confédération, ajoutant à l’émiettement, à la division et donc à l’affaiblissement du syndicalisme français, deux choix sont possibles.

Le maintien dans l’autonomie :

La FSU resterait un acteur incontournable dans le secteur où sa représentativité et les luttes qu’elle impulse assurent sa légitimité, l’éducation et, en raison du poids actuel du secteur éducatif, dans la Fonction publique. Le Snes, syndicat d’une majorité de la profession, demeurerait une force dans le second degré, à même de défendre certains intérêts matériels des personnels, sa conception de leurs métiers, et de l’évolution du système éducatif et de ses contenus. Ce n’est pas rien ! Cependant, dans la logique des nouvelles règles de représentativité, en dehors donc de la FSU maintenue ou même renforcée, le paysage syndical se recomposera, avec en perspective une prédominance de deux organisations, la CGT et la CFDT, les autres organisations étant menacées de disparition, sauf à imaginer des regroupements aussi artificiels que fragiles (CGC/UNSA, FO/CFTC…). Aujourd’hui déjà dangereusement marginalisée dans les négociations sur les questions interprofessionnelles (retraites, protection sociale, législation sociale, politique économique ou environnementale,…), on voit mal comment, face à des confédérations rendues de fait hégémoniques par la loi, la FSU maintenue pourrait, quelles que fussent le dynamisme de son action et la pertinence de ses analyses et propositions, échapper à cette marginalisation, au détriment des personnels qu’elle représente. Le Snes et la FSU devraient donc dans ces domaines s’en remettre à d’autres pour relayer – au mieux – ses positions : un syndicalisme de délégation au deuxième degré en quelque sorte.

L’abandon de l’autonomie :

Le choix de la construction d’une nouvelle confédération écarté, reste la fusion avec une confédération « survivante » : la CFDT ou la CGT, cette dernière hypothèse, au regard des dernières luttes, des communautés d’analyse et de revendications, plus que de l’Histoire, demeure la plus plausible.

C’est la route la plus prometteuse, la plus risquée également.

Rejoindre une confédération renvoie à l’essence du syndicalisme, rassembler des salariés dissemblables, parfois concurrents, dans une organisation commune, afin de mettre au service de chacun la force de tous face à l’employeur, au service des intérêts matériels et moraux communs des salariés actifs et retraités, d’une vision progressiste de la société et du monde, dans le respect des identités des métiers que l’organisation commune regroupe. Banalité certes, mais qu’il est parfois bon de rappeler au pays qui compte le plus d’organisations syndicales et le moins de syndiqués du monde développé.

Tâche malaisée, l’est - elle plus aujourd’hui qu’au moment où le capitalisme naissant affamait les ouvriers, interdisait la grève et réprimait les tentatives d’organisation : il est permis d’en douter. Est il plus difficile aujourd’hui d’unir des syndicats de fonctionnaires et du privé, qu’hier l’aristocratie ouvrière typographe et les mineurs de fond ? L‘émiettement syndical, chacun le sait, facilite la tâche de ses adversaires qui utilisent et entretiennent les divisions comme autant de diversions (jeunes/vieux, inclus/exclus, privé/public, actifs/retraités, hommes/femmes, demain minorités/majorité ethnique…et d’abord la concurrence électorale entre orgas), use les forces militantes à la recherche de positionnements communs improbables dans la revendication ou l’action, paralyse ou à tout le moins freine l’action commune, quand le patronat (actionnaire ou Etat) lui sait bien parler d’une seule voix et faire progresser ses intérêts communs. Le rapport de force, si outrageusement favorable aux employeurs et aux classes dirigeantes, ne pourra être renversé, l’hégémonie néo libérale combattue, que par un rassemblement des salariés dans des structures organiques communes, condition insuffisante mais nécessaire.

La rupture syndicale peut être douloureuse, elle est souvent rapide. La démarche de rassemblement est toujours longue, ingrate, décevante peut être, mais c’est l’identité du syndicalisme.

Le rapprochement organique de la FSU avec la CGT se heurte à plusieurs difficultés sérieuses.

Certaines sont dépassées : l’alignement de la CGT sur le PC relève de l’Histoire, la CGT et la FSU ont construit leur indépendance et la tiennent pour un acquis précieux et non négociable. Aucune organisation syndicale ne s’appuie aujourd’hui sur un projet économique et social conçu en dehors de ses rangs et fourni clé en main. Les nouveaux certifiés sont nés pour les plus jeunes en 1986…

D’autres sont réelles, elles tiennent à la situation interne de la CGT, et à la réalité de la FSU et du SNES.

Si la FSU souhaitait fusionner avec la CGT, quelle serait la réponse de la CGT ? Peut être le saurons nous si nous lui posions publiquement la question.

Les incertitudes sont là : la confédération affiche une volonté stratégique de développement dans le secteur privé et peut craindre un déséquilibre accentué d’image en cas d’arrivée de syndicats de fonctionnaires. En même temps les exemples manquent de refus par une organisation de nouvelles composantes majoritaires dans leur champ ; par ailleurs l’impact de la nouvelle de la fusion ne doit être ni surestimé ni sous estimé : comment les salariés n’y verraient ils pas un signe encourageant quant à la volonté d’un nouveau dynamisme syndical en France ? Renforcer la CGT en lui apportant nos forces ne saurait nuire à son attractivité. Les appareils des syndicats de la Fonction publique nous feront ils bon accueil ? Et après ? Serons nous susceptibles d’être utilisés dans les rapports de forces et les conflits inévitables sur l’orientation confédérale ? Nous ne pouvons tout maîtriser, mais j’adhère difficilement à la logique selon laquelle ce serait pour le bien de la CGT que nous ne devrions pas la rejoindre.

Mais il y a surtout les conséquences de cette démarche sur la FSU et le SNES.

D’abord le SNES. Il est un prix que nous ne pouvons payer : l’éclatement du SNES et de sa tendance majoritaire. Il s’agit donc de mener le débat, avec les militants et les syndiqués, jusqu’au bout, de prendre les délais nécessaires pour qu’au final la décision ne signifie pas la victoire des uns sur les autres mais la concrétisation d’un consensus.

La démocratie interne constitue un pilier identitaire du Snes auquel nul ne songe à renoncer. L’existence des courants de pensée, si elle n’a pas toujours appartenu au bagage d’UA, reflète aujourd’hui cette exigence. La CGT n’admet pas cette structuration sans que l’on puisse en déduire une absence de démocratie interne : ce n’est pas NOTAT ou CHEREQUE qui ont été mis en minorité par un vote de leur parlement confédéral mais bien THIBAUT sur le TCE. Au séminaire UA SNES (27 – 28/08), le représentant de l’UFF CGT n’ y « voyait pas un problème » pour un rapprochement.

La FSU ensuite. Sans prétendre à l’exhaustivité, certains problèmes ne manqueront pas d’intervenir :

1)l’EE, là comme ailleurs, sera partagée avec , peut être, une tendance « syndicale » tentée par une unification avec la CGT et Solidaires, et une tendance « politique », sans que les frontières soient nettes et définitives, plus tributaire des choix ultérieurs du NPA en mesure de politique syndicale : reconduite de la pratique léniniste de la courroie de transmission autour d’un pôle syndical radical ce qui voudrait dire départ de la FSU en cas de rapprochement de celle ci avec la CGT, ou choix de renforcer ce pôle dans la CGT élargie et donc maintien dans nos syndicats ?

2)Les syndicats issus de la CFDT en 2003 : ils n’ont pas fait le choix de la CGT à l’époque, pourquoi le feraient ils demain ? La problématique de l’UNATOS n’est guère différente, mais le départ de nombreux agents à la territoriale peut faire bouger les lignes, idem au SNU CLIAS. Par ailleurs, si l’adhésion de nos camarades a heureusement fait progresser les pratiques interprofessionnelles, elle n’a pas vraiment altéré l’identité de la FSU comme d’abord une fédération de l’Education ; on peut penser qu’ils peuvent être amenés à s’inscrire dans une dynamique vers la CGT, le temps aidant.

3)Les autres piliers de la FSU : le SNUIPP, le SNEP ne semblent pas connaître des débats très différents de ceux qui nous animent sur cette question, le SNEP n’ayant pas caché sa volonté, au congrès de Perpignan, de maintenir ouverte la piste de la CGT.

Ainsi, plusieurs conditions s’imposent pour réussir cette étape décisive dans l’histoire du SNES :

Le renforcement de la FSU : cela n’a rien de paradoxal. N’ayons pas la naïveté de croire que le rapprochement exclura les rapports de force, avec la CGT EDUC’action, l’UFF et avec la confédération ; c’est dans les luttes communes, dans les départements et les régions, dans l’unité d’action et en faisant reconnaître notre poids et notre identité que nous pourrons nous rapprocher de la CGT avec efficacité ; l’objectif est la fusion dans une CGT nouvelle et renforcée, pas l’absorption et l’acculturation.

La poursuite du débat et des contacts intersyndicaux pour explorer les futures étapes du rapprochement ; la réanimation des CLUI, espace permanent de discussion a été évoquée. Pourquoi pas ? Le contexte a changé et rendu possible aujourd’hui ce qui ne l’était pas hier. Encore faut il qu’il ne s’agisse pas d’un leurre et que leur création soit bien présentée comme une étape préliminaire, forcément limitée dans le temps, à un rapprochement organique

L’association des syndiqués à chaque étape du processus, par les débats dans les établissements, à chaque niveau de nos instances délibératives, et dans notre presse ; les combinaisons d’appareil « alimentaires » (annonce par l’appareil d’une union éventuelle CGC/UNSA) dont parlait Annick COUPPE doivent nous servir comme d’une boussole indiquant le sud

Une conviction : il ne s’agirait pas d’une « réunification » qui n’aurait aucun sens, mais bien d’une étape d’« unification » ; à cet égard, on peut s’interroger sur la force propulsive, l’effet d’entraînement que pourrait provoquer notre décision de fusion avec la CGT. Les identités des autres confédérations ont elles aussi subi l’outrage des temps : qui peut croire que c’est l’anticommunisme qui cimente encore l’appartenance à FO, ou à l’UNSA le souvenir des combats UA/UID ? La perspective d’une grande organisation de luttes et de négociation, s’inscrivant dans la recherche d’un dépassement démocratique du capitalisme, peut amener des processus similaires dans des organisations qui ne sont plus (FO), ou n’ont jamais été (UNSA, SOLIDAIRES) idéologiquement d’un bloc.

N’était ce pas l’objectif des camarades qui ont refusé en 1993 une combinaison d’appareil menant à la constitution artificielle d’une fédération d’organisations « modérées », combinaison élaborée par des appareils d’ailleurs plus politiques que syndicaux ? La FSU demeure un acteur important du paysage syndical, mais est elle condamnée au choix entre marginalisation et aggravation de l’émiettement syndical ? N’est ce pas plutôt en renforçant une CGT nouvelle , indépendante et combattive qu’elle accomplira au mieux les promesses de sa naissance ?

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