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En débat / Fonctionnement du Snes et de la FSU

Elargissement de la FSU

mardi 6 janvier 2004

Syndicalisme : de quoi parlons-nous ?

Dans le cadre de la préparation du Congrès FSU (perpignan 2004) et des enjeux pour un syndicalisme plus unitaire et plus efficace, la lecture de la dernière revue Unité et Action nous conduit à exprimer la position du secrétariat FSU des Bouches-du-Rhône.

La question vaut bien d’être posée car il s’agit dans la préparation de notre congrès national de l’avenir à moyen terme de notre fédération, de sa place dans le paysage syndical français et, au-delà, de la place du syndicalisme renouvelé, pour lequel nous luttons depuis la création de la FSU, dans la vie sociale et politique de notre pays. Il ne suffit pas d’être en capacité d’analyser la nature d’une politique conduite par un gouvernement pour mettre en œuvre les ripostes requises, les contre-propositions éventuelles qui supposeraient une volonté préalable de négociation réelle, les mobilisations nécessaires des salariés pour imposer des solutions alternatives ; de même il faut aussi qu’une organisation syndicale soit capable de faire la critique de son propre comportement, la critique plus générale du syndicalisme et d’admettre que sous le vocable syndicalisme se cachent des conceptions différentes, si différentes que la construction théorique de toute unité syndicale organique apparaît véritablement anhistorique autre chose est le rapprochement dans l’action, sur une conception de l’action, après l’appréciation d’une action.

Mais alors comment renforcer les forces organisées des salariés dans un pays dont le taux de syndicalisation est le plus faible de tous les pays de l’OCDE ?

Notre ami René Mouriaux rappelle que l’éclatement du syndicalisme n’incite pas à la syndicalisation ; cela doit à l’évidence nous inciter à une pratique unitaire dans l’action, il s’agit de rassembler dans la lutte, sur des principes clairs, pour une transformation sociale crédible et mobilisatrice, le syndicalisme n’est pas d’abord un porteur d’utopie même s’il y trouve ses racines. Sur ce point, la FSU s’est positionnée dans son rôle pour construire l’unité d’action tant en 1995 qu’en 2003. Acceptons l’idée tous ensemble que la faiblesse des acquis revendicatifs des dernières années provient aussi de la faiblesse du syndicalisme français, de son refus d’aggiornamento, refus assez collectif pour que la FSU en ce domaine apparaisse comme en pointe dans la réflexion, puisse en discuter avec quiconque et attire aujourd’hui, et pratiquement depuis sa création, des forces nouvelles. La FSU a pu devenir un acteur incontournable de paysage social en France, et devenir ainsi un pôle d’attraction parce que précisément elle allie une démarche unitaire, et un syndicalisme de masse fonctionnant démocratiquement (ses revendications et ses actions sont toujours en lien direct avec les salariés), mais un syndicalisme aussi porteur d’alternatives sociales et donc de transformation sociale. Certains diront que cette capacité de notre fédération est liée à sa sociologie de fédération de la fonction publique pour l’essentiel encore de ses composantes, voire à sa qualité d’organisation majoritaire dans tel ou tel secteur de l’Education nationale ; c’est cet a priori qu’il convient, nous semble-t-il, de critiquer réellement car il fait de la FSU une organisation syndicale d’une autre nature que les autres, ce qui reviendrait à réduire le syndicalisme à ses syndiqués mais aussi à révoquer en doute l’orientation de transformation sociale dont plusieurs confédérations se disent cependant porteuses. Autrement dit, l’identité de la FSU et son enracinement professionnel ne doivent pas être analysés comme l’unique ou principale source de sa force ce qui précisément en ferait une organisation radicalement différente des autres : quelle conception du syndicalisme se cacherait derrière une telle conception ?

Dans quel contexte sommes-nous ?

Assurons nous que nos appréciations sur la situation politique de notre pays font consensus entre nous : lorsque nous disons que la plate-forme de l’action du gouvernement est celle du Medef à quelques détails près qui , en fait, renvoient à des questions de faisabilité politique ou d’acceptation par le corps social, quelle est la part de conviction dans les pratiques syndicales qui devraient suivre nos analyses sur ce point ? Ou bien jusqu’à quel point portons-nous nos revendications ? Et quelle idée nous faisons-nous des légitimités concurrentes des institutions politiques et des représentations citoyennes et syndicales dans un système démocratique où la reddition des comptes tous les cinq ans, s’il s’agit du législatif ou de l’exécutif présidentiel, n’est plus admise comme allant de soi ? Sommes-nous capables d’admettre la réalité d’un paysage syndical français marqué par un émiettement quasi consubstantiel à sa naissance et avons-nous bien dans la tête l’idée que la Charte d’Amiens, par exemple, n’a jamais été l’étendard de la totalité du mouvement syndical ? Que pendant presque tout le XXème siècle, c’est la séparation et la différence des référentiels idéologiques qui ont prévalu ? Que donc aucune organisation n’est LA matrice du syndicalisme en France et que la construction, et non la reconstruction, d’une unité organique a été une préoccupation pour une partie seulement des syndicalistes ?

Nous avons tous en mémoire le vote en décembre 1996 de ce que, par commodité, on appelle l’amendement Perben , du nom de celui qui était à l’époque ministre de la Fonction publique et qui depuis s’est spécialisé dans les insanités législatives ; cet amendement répondait à une demande expresse de deux confédérations, il a été présenté par certains comme destiné à empêcher l’investissement du champ syndical par le FN, il n’a pas fait l’objet d’une levée de boucliers, au nom de la démocratie simplement, de la part des autres organisations syndicales et il est demeuré en l’état, nonobstant la reconnaissance par le Conseil d’Etat de la FSU comme une organisation syndicale à l’instar des autres et malgré un changement de majorité politique. Moyennant quoi notre fédération dispose d’un siège de personnalité qualifiée au conseil économique et social et non d’un groupe, d’un siège seulement dans la plupart des Conseils économiques et sociaux régionaux et last but not least ne bénéficie évidemment pas des aides diverses au fonctionnement prévues pour l’exercice de la liberté de s’organiser en syndicat. Le pseudo renouveau du dialogue social ne prévoit rien de mieux et chacun se souvient peut-être encore qu’une tentative de remise à plat du financement public des organisations syndicales a échoué devant le refus des mêmes organisations qui en 1996 etc.......

Ce petit rappel ne vise nullement à saper le moral des militants mais il est clair qu’on ne peut mener les bons combats qu’en sachant où l’on se situe et que les logiques d’appareil survivent aux conditions de leur naissance et de leur justification forcément historiques.

Les tâches de l’heure

Les grands mouvements sociaux permettent dans l’action unitaire qui est la condition de leur apparition, de rapprocher points de vue et militants et plus encore les salariés ; est-ce dire que ces rapprochements sont acquis une fois pour toutes, comme s’il existait dans le militantisme un processus d’accumulation irréversible ? Ce qui s’est passé après 1’automne 1995 pourrait plutôt nous en faire douter : outre l’épisode du « Perben », l’évolution de la CFDT, son acceptation des règles du jeu dictées par des dirigeants d’entreprises désormais assez forts pour pousser leur avantage dans une réforme de l’Etat qui est une liquidation de la forme connue de l’Etat-providence, le discrédit du et des politiques, l’apparition d’un regroupement aux lisières du syndicalisme et du protestataire pour certaines de ses composantes avec le G10-solidaires, la relative stabilité dans les élections prud’homales de décembre 2002, la réalité consternante du mouvement social pendant la période 1997-2002, alors que la FSU a joué pleinement son rôle, tout cela montre qu’il faut sérieusement prendre conscience de la gravité du problème : les organisations syndicales ne peuvent continuer ainsi sans que se pose la question de leur mission historique ; c’est une organisation syndicale, parfaitement représentative des intérêts d’une classe sociale, sur une base étroite, le Medef, qui donne forme à la politique menée actuellement en France, et peut importe que cette politique soit à l’unisson d’autres conduites en Europe ou ailleurs dans le monde : nos sociétés sont complexes mais rien n’obligent à ce qu’elles soient illisibles ; ce qui est fondamental en l’occurrence c’est la dissymétrie flagrante entre la satisfaction des intérêts d’une minorité et l’agression contre ceux de la majorité des citoyens de notre pays, donc la question de la légitimité de cette politique, la question de la démocratie et la question de la responsabilité du mouvement syndical des salariés. La question n’est pas d’ajouter à la division ni d’entamer une démarche constructive d’unité d’action débouchant, à terme, sur un processus d’unification : ce dont il s’agit ,dans un contexte de profonds bouleversements, c’est de renforcer un outil syndical qui accomplisse sa fonction et sa mission syndicale et cela passe aujourd’hui par de réels bouleversements, par une modification des champs, par des rapprochements, par une remise à plat et par une remise en perspective ; c’est dans ce mouvement que la pertinence d’un regroupement syndical puissant s’imposera à tous ceux qui ont fait de leur engagement dans le militantisme social leur contribution à la solidarité et c’est dans ce mouvement que les salariés retrouveront confiance dans le syndicalisme, non pas seulement par procuration mais, osons le dire, fusionnellement.

Le prochain congrès de la FSU est donc en effet d’une grande importance :
  pour l’avenir de la fédération en premier lieu, et il serait tout à fait irresponsable de prendre le risque du statu quo et donc ensuite du repliement et de l’affaiblissement. En ces matières comme en d’autres, qui n’avance pas recule ;
  pour le syndicalisme : la FSU veut continuer à promouvoir cette perspective de rassemblement et de propositions porteuses de transformation sociale
  pour le type de société que nous voulons en France et en Europe car si notre syndicalisme est faible , c’est par son renouveau qu’il sera possible de peser sur ceux qui voudraient bien décider sans nous et sans rendre de comptes aussi bien précisément en France qu’en Europe.

C’est à partir de ces préoccupations que nous entendons mener le débat dans notre congrès départemental autour des propositions suivantes :
  Notre but doit être le rassemblement des forces syndicales et non la division et l’émiettement : il faut tout faire pour aller dans le sens de l’unification à terme, pour une plus grande efficacité syndicale.
  Pour cela, il faut développer à la fois l’unité d’action, et des formes de partenariats avec les autres forces syndicales sur des sujets larges et d’actualité ( sur l’exemple du COR, on pourrait mettre en place des groupes de travail sur la protection sociale, sur formation et organisation du travail, sur les alternatives économiques et syndicales...)
  Dans l’immédiat, il faut élargir le champ de syndicalisation de la FSU à l’ensemble des fonctions publiques, sans exclure le privé (NB : Il y a des salariés du privé au SNU-CLIAS, nous avons les emplois-jeunes...).
  Du point de vue des structures, la FSU peut procéder par association puis intégration comme nous l’avons fait avec le SNU-ANPE, ou l’UNATOS), mais aussi sous forme d’union de fédérations, une nécessité pour la reconnaissance de sa représentativité, comme pour être un pôle suffisamment attractif pour peser dans la vie syndicale, sans que cette union puisse se réduire à une union FSU + G10. Notre objectif est bien un syndicalisme de transformation sociale et de masse, et non un pôle de radicalité.
  Devenir une confédération n’est nullement une nécessité ni une étape obligatoire. Notre démarche est pragmatique, et notre but est de travailler à l’unification syndicale. Il est donc possible, et certainement souhaitable que l’unification se réalise à terme, sans obliger la FSU à passer par l’étape d’une énième confédération. Mais la réponse ne dépend pas que de la FSU.

Le 6 janvier 2004 J.P. Beauquier(secrétaire FSU13), A. Carcenac(SNEP), J. Dragoni (SNES), J.F. Longo(SNUIPP), G. Poli (UNATOS), G. Tomasi5SNES), C. Vialle(SNUIPP).

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