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En débat

Contribution sur l’évaluation

Jacques Agnès

mercredi 25 janvier 2012

La contribution de Laurent Tramoni sur l’évaluation a le mérite de poser un paradoxe auquel nous sommes confrontés : devant les attaques répétées et sur tous les fronts, le combat que nous menons comme les prétendues « réformes » peut apparaître comme une position conservatrice du statu quo ante, malgré toutes nos précautions de présentation et y compris lorsque nous avons combattu la réforme précédente à l’origine de la situation qui constitue aujourd’hui la ligne de front. Cela est par exemple le cas des réformes successives des lycées et de collèges, ou encore des définitions de services.

Faute d’avoir su créer le rapport de force nécessaire pour faire avancer nos revendications de revalorisation, de reconstruction de carrière, de découplage de cette carrière des évaluations individuelles en instituant un rythme unique de progression, nous risquons fort d’apparaître comme les premiers défenseurs de corps d’inspection au sujet desquels nos collègues ont des appréciations diverses : sans parler de ceux qui posent réellement problème (cela existe aussi chez eux), on ne peut pas dire que les IG et IPR aient fait preuve d’un grand courage sur les remises en causes disciplinaires des programmes contenus et horaires, les affectations hors discipline, le développement de la précarité ou la disparition de l’année de formation des stagiaires ; on peut également penser qu’une fois rassurés sur leur devenir et leur éventuelle consultation dans le processus d’évaluation par le seul chef d’établissement, ils renonceront à un combat que nous menons à leur place.

Pour autant je ne partage pas la piste suivie par Laurent dans sa proposition. Dans l’exemple qu’il donne d’une proposition possible, cela revient en fait à inverser l’équilibre actuel dans la note de 100 : 40 pour la pédagogie (-20) ; 60 attribués par le chef d’établissement. Le découpage de ces 60 en 40 + 20 ne change pas la réponse à la question « qui note ? selon quels critères ? en fonction de quelles arrières pensées ? ». Une notation individuelle qui prendrait en compte l’implication collective de chacun me semble devoir multiplier les sources de conflits entre collègues, sans pour autant désamorcer la principale critique que nous pouvons faire à la réforme lancée par Chatel : le plus méritant aux yeux du chef d’établissement restera celui qui fait fonctionner tous les dispositifs périphériques à l’enseignement d’une discipline devant une classe et qui ont été développés soit en HS, soit au détriment des horaires disciplinaires.

Par ailleurs cette proposition reste celle d’une évaluation individuelle et je partage l’intervention de Valérie Sultan lors du dernier CN sur le sens social (sociétal ?) de l’évaluation individuelle systématique et de la dérive d’une société où chacun serait sans cesse jugé, noté, voire dénoncé. S’il est nécessaire d’évaluer le service public dans l’accomplissement de ses missions : quels sont les objectifs ? ont-ils été atteints ? qu’est-ce qui est perfectible ? de quoi (moyens, formations, structures) avons-nous besoins pour améliorer les choses ? etc., cette évaluation ne peut qu’être collective et soumise à un débat démocratique. Les inspecteurs comme les chefs d’établissement devraient être des animateurs d’équipes, disciplinaires ou locales et non des notateurs individuels. Dans la situation présente l’urgence n’est pas à faire la part du feu en abondant le discours de l’adversaire sur la nécessaire évaluation individuelle mais bien de faire avancer nos mandats vers le découplage entre une carrière revalorisée garantie et l’évaluation.

Cela dit je transmets la contribution de Laurent et ma position au bureau pour nourrir la réflexion de la préparation du congrès.

Jacques AGNES

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