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En débat

Que diable la FSU a-t-elle été faire dans la Fonction Publique Territoriale ?

par laurent Tramoni, le 13/12/2014

dimanche 14 décembre 2014

On peut raisonnablement se poser la question quand on observe que la FSU recueille 3.3 % des suffrages exprimés dans la Fonction Publique Territoriale aux élections professionnelles de décembre 2014.

Ce résultat signe l’échec de la démarche d’élargissement de la FSU aux trois fonctions publiques initiée au congrès de Perpignan de février 2004, au lendemain de la décentralisation des TOS. Certes, l’aventure était bien mal engagée, le mandat ayant été obtenu au terme d’un congrès houleux marqué par des débats très vifs au sein d’Unité Action entre tenants de la réunification avec la CGT et promoteurs d’une FSU au service d’un syndicalisme rénové, dans ses pratiques, ses relations au politique, à l’intérêt général. Aussi, il n’est pas interdit de se demander si Unité Action n’a pas une part de responsabilité dans cet échec, pour n’avoir pas fait vivre le mandat d’élargissement d’une façon plus volontariste. Au mieux, nous nous sommes contentés d’accueillir les syndicats qui frappaient à notre porte, quand nous ne les avons pas ignorés ; au pire nous leur avons opposé une fin de non-recevoir, les renvoyant vers Solidaires et la CGT, qui n’eurent jamais les mêmes préventions.

La question est donc entendue, n’y revenons pas. D’autant que le mandat du congrès du SNES-FSU de Perpignan en 2009 tentait une synthèse entre les uns et les autres, sous la forme de la création d’un nouvel outil syndical qui résulterait d’un rapprochement avec d’autres, dont la confédération CGT. Ce mandat est lui aussi obsolète, en tout cas au sein du SNES-FSU car, depuis le congrès de Marseille, notre objectif est devenu un rapprochement avec la CGT en vue de "l’entrée en confédération" de la FSU. C’est à ce projet que nous devons travailler, et le congrès académique du SNES-FSU Aix-Marseille de 2014 propose une démarche pour y aboutir : le congrès fédéral de la FSU en janvier 2016 doit se mandater pour un contrat d’association avec la confédération CGT ou la fédération UGFF-CGT, première étape structurelle de ce rapprochement, ce qui suppose que le SNES-FSU organise un congrès extra-ordinaire au préalable qui permette de largement consulter la profession.

Pour autant, si nous ne souhaitons pas en rester à l’incantation et aux discours de tribune, il faut bien analyser lucidement ce qui résiste dans le réel, et identifier les obstacles. On peut raisonnablement s’accorder au sein d’Unité-Action sur trois points : La confédération CGT est-elle prête à nous accueillir et le sera-t-elle à moyen terme, c’est-à-dire avant 2017 ? Est-elle dotée d’une stratégie, d’un projet, d’une direction qui soit compatible avec notre mandat d’unification, unification qui prenne forme en premier lieu, voire exclusivement, dans la fonction publique ? Est-elle en mesure de mobiliser largement les salariés, par exemple contre les logiques austéritaires, de sorte de construire les luttes qui fassent bouger les lignes économiques, sociales et politiques, suffisamment pour que les salariés retrouvent la conscience de leur force collective et de la nécessaire unité des travailleurs ?

La fédération FSU est-elle prête à nous suivre sur ce mandat ? Ne serait-ce qu’au sein de notre ministère, sommes-nous en mesure de convaincre nos partenaires les plus proches que ce mandat est pertinent et qu’il doit être mis en oeuvre. Que pense le SNUipp, non seulement sa direction mais ses équipes militantes, d’un rapprochement avec la CGT quand les rapports de forces qui structurent le premier degré montrent que le syndicalisme autonome et réformiste de l’UNSA séduit une part non négligeable de la profession ?

Que pensent nos syndiqués, nos sympathisants, la profession que nous représentons, et qui nous donne notre force et notre légitimité, de ce rapprochement avec un syndicalisme qui est d’autant plus marqué par le culte de l’ouvriérisme qu’il traverse une crise d’orientation sérieuse ? Ces remarques ne sont pas de nature à remettre fondamentalement en cause le mandat du congrès de Marseille du SNES-FSU. Mais elles interrogent sur sa faisabilité à moyen terme. C’est la raison pour laquelle la question de la présence de la FSU dans la Fonction Publique Territoriale est loin d’être anecdotique.

Si l’on admet que le risque existe que la FSU puisse être contrainte, à son corps défendant, de perdurer encore quelques années sous sa forme actuelle, en tout cas au moins jusqu’en 2018, alors la question de sa présence dans la FPT n’est pas marginale : c’est une question existentielle.

D’abord parce qu’il y a des territoires où la FSU est déjà dans les faits une fédération de la territoriale. Prenons l’exemple la région PACA, où l’aire marseillaise est loin d’être un bassin de population négligeable, y compris vu depuis la capitale : aux élections de décembre 2014, la FSU a recueilli 12 000 voix dans la FPE et 10 000 voix dans la FPT (essentiellement sur l’académie d’Aix-Marseille). La FSU est le deuxième syndicat à la Ville de Marseille avec 16 % des voix, mais aussi à la Métropole MPM avec 30 % des voix. Elle recueille 14 % des voix au CG 13 et 45 % au CR PACA. Au niveau national, la FSU compte 32 000 voix dans la territoriale, soit 16 % de l’ensemble de ses voix. Pouvons-nous réellement nous payer le luxe de nous passer de ces forces-là ? Nous devons tout faire pour que l’aventure syndicale de ces camarades au sein de la FSU ait un avenir.

D’autre part parce qu’une FSU strictement basée sur les ministères est tributaire d’un seul champ de syndicalisation, champ que l’on sait fragile. Il n’est qu’à observer les courbes des effectifs de la FPE et de la FPT pour comprendre que notre champ de syndicalisation est appelé à se réduire, sauf à remporter des victoires syndicales majeures sur l’emploi public et les dépenses de l’Etat. Il ne faut pas non plus être grand clerc pour comprendre que la réforme territoriale en cours porte en germe à moyen terme une nouvelle vague de décentralisation massive de personnels vers les nouvelles régions, qui auront atteint la taille critique nécessaire pour prendre en charge des missions aujourd’hui dévolues à l’Etat, y compris dans le champ de la formation initiale.

La voie de la sagesse est donc bien de travailler à un rapprochement avec les fédérations de fonctionnaires de la CGT, de Solidaires et d’autres, tout en continuant à tout faire pour que la FSU se renforce, s’élargisse et se diversifie.

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