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Le SNES ne doit pas se tromper d’Europe !

vendredi 23 février 2007

Le SNES ne doit pas se tromper d’Europe !

Les rapports préparatoires au congrès ne connaissent pas l’Union européenne (UE). Ils parlent en revanche d’Europe, sans définir ce qu’elle est (une idée ? un continent ? une institution supranationale sur la base de la « concurrence libre et non faussée » ?), tantôt pour critiquer son orientation libérale, tantôt pour réclamer le renforcement de son rôle. Ils entretiennent ainsi le flou sur des institutions et des directives bien concrètes et décisives quant à l’avenir de l’Education Nationale et du second degré.

Or, dès les années 90, la Commission européenne a conclu à la nécessité de rapprocher le monde de l’éducation du monde de l’entreprise, suivant les rapports du « Tour de table européen » des plus grandes entreprises privées. C’est au sommet de Lisbonne en 2000 que la stratégie éducative a été définie explicitement. L’Union européenne devant « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde », affirme le document final du sommet, il faut « un programme ambitieux en vue de moderniser les systèmes de sécurité sociale et d’éducation ». L’éducation et la formation sont ravalées au rang d’instruments pour les « politiques de l’emploi » : les systèmes éducatifs doivent se rapprocher du « monde de l’entreprise » (y compris en laissant à ce dernier le contrôle de la formation professionnelle), s’« adapter » à la nouvelle donne technologique et aux exigences de compétences et de flexibilité. Il s’agit désormais de donner à la masse des enfants un bagage de compétences et de comportement (le « socle commun » de la loi Fillon) suffisant pour accéder à l’emploi et s’inscrire dans une perspective de « formation tout au long de la vie ». Une communication de la commission de Bruxelles de 2003 a défini un calendrier jusqu’en 2010 ainsi que les dispositions à prendre pour appliquer la stratégie de Lisbonne, dans le cadre du Pacte de Stabilité : réduction de l’engagement financier de l’Etat, intervention des capitaux privés « au niveau des investissements nécessaires dans l’éducation ».

La « stratégie de Lisbonne » apparaît donc bien comme la référence fondamentale de toute la stratégie de réformes aux fins de mise en convergence des politiques au sein de l’UE. Sa déclinaison française a donné lieu à la loi Fillon et à la loi Borloo sur « l’égalité des chances ». Comme l’ânonne le rapport annexe à la loi Fillon : « Il est indispensable de trouver une nouvelle relation entre la connaissance et l’économie, dans la perspective du processus de Lisbonne ».

Afin de recouvrer l’efficacité de notre syndicalisme de lutte, le SNES ne doit pas se tromper d’Europe. Le traité de Maastricht, le pacte de stabilité comprimant les dépenses publiques, la stratégie de Lisbonne doivent être dénoncés en tant qu’axes stratégiques des organisations patronales et des gouvernements car nous ne pourrons construire une efficacité et une convergence revendicatives sans analyser ce qu’est l’UE, historiquement et concrètement, sans évoquer les stratégies des grands groupes privés avec lesquels elle est intimement liée, ni même la « concurrence libre et non faussée » pourtant au cœur d’une construction européenne synonyme de destruction des acquis sociaux et des services publics.

Giovanni DI MINO (SNES 13), Benoit FOUCAMBERT (SNES 28), Georges GASTAUD (SNES 62).

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